Discour imaginaire

Le Président prend la parole à 14 h dans les jardins de l’Élysée, devant un parterre de journalistes impatient et trépignant, micro à l’affut de la moindre bourde présidentielle à exhiber en gros titre. Certains ont déjà un commentaire ironique sur ce discours « en extérieur », imitant ceux des présidents américains qui sont coutumiers de ce genre de communication.

Mais peu importe, M. Le Président arrive, sous le crépitement des flashs, entouré de ses gardes du corps qui l’escortent jusqu’au pupitre. Il salue d’un sourire mesuré et fait face à l’assemblée.

Son discours durera quarante minutes, abordant divers aspect de ses choix passés, présent et futurs. Nous allons simplement citer quelques extraits, concernant l’abolition de certaines lois passées. Notamment sur le port du voile ou de symbole ostensiblement religieux qu’il qualifie « d’art de transformer l’anodin en volonté sectaire ».

En effet, le Président a fait récemment soumettre une réforme permettant au citoyen français de ne plus être « pénalisé selon son accoutrement. »

« Nous sommes dans un pays dont le gouvernement ne devrait jamais se mêler de la façon dont les religions s’expriment. Je suis athée, je ne crois en aucune divinité, mais je crois en la liberté de mon voisin, chrétien, juif, musulman — ou adorateur de panzani — de pratiquer et de porter les symboles indiquant son appartenance ou son amour pour telle ou telle croyance. Ce n’est pas à moi, en tant que Français, et encore moins à moi en tant que président des Français, de leur interdire ce droit. Cette ancienne loi a transformé l’idée farfelue que le simple port d’un bijou ou d’un vêtement d’une certaine taille, forme et couleur, indiquait la volonté de « contaminer » son entourage par des idées religieuses.

Or, même si la France est un pays laïc, elle est constituée de personnes croyantes, de toutes religions, qui fondent ce qu’est le pays aujourd’hui ; et dans 100 ans, seront considérées comme ses racines. Ainsi, je souhaite lever cette interdiction qui n’a eu d’autre effet que de compliquer les relations les uns avec les autres, et de transformer le simple port d’un vêtement en acte de protestation politique, trop souvent détourné, mal interprété et finalement jetant le « coupable » dans une tendance à l’extrémisme. En résumé, plus de mal que de bien, ce qui ne devrait jamais être le résultat d’une loi.

De même, je souhaite que le public — et la presse qui l’informe — puisse essayer de se souvenir que lorsque l’État poursuit des terroristes ou combat l’extrémisme, ce n’est pas la religion qui est combattue, mais l’humain qui puise dans la religion un prétexte pour blesser, tuer, ou priver de liberté son prochain. Il n’existe pas d’extrémistes musulman, chrétien, ou juif. Il existe des hommes et des femmes dont les actions criminelles et liberticides les mettent dans le viseur de la justice.

Combattre ces personnes en condamnant la religion dont ils sont issus est aussi ridicule que de condamner la Terre elle-même de les soutenir à chacun de leur pas. Sur cette même Terre, un homme peut tuer, un autre peut sauver. À nous, humains, de condamner, ou de remercier l’homme. À nous, humains, de faire en sorte que cette Terre puisse soutenir plus souvent l’homme qui sauve que celui qui tue. »

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